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Historique
Les Architectes de l'urgence ont été créés en avril 2001 lors des inondations de la Somme. Un groupe d'architectes de ce département décide alors d'essayer d'apporter une aide aux populations sinistrées :
"Nous étions architectes dans la Somme, investis de quelques responsabilités au conseil régional de l'Ordre des architectes, et comme tous les autres habitants de notre région, sinistrés :
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Aucun moyen de transport
- Les chantiers arrêtés
- Les maîtres d'ouvrages absents, les réunions annulées
- "Chômage technique" !
Un grand courant de solidarité se mobilise autour des sinistrés, organisé et coordonné par une cellule de crise à la préfecture, puis une autre à la mairie d'Amiens, puis une autre encore en mairie d'Abbeville, puis bientôt autant de cellules de crise que de sous-préfecture et de petits villages sinistrés !
Les associations humanitaires se mettent à disposition des sinistrés et offrent leurs structures pour recueillir tous les dons et les produits de la solidarité, les grandes organisations nationales comme la Croix Rouge, le Secours populaire, et toutes les associations locales de sinistrés créées pour l'occasion.
Nous aurions pu rejoindre l'une de ces associations, chacun à titre personnel.
La question, en ce qui nous concernait, était de savoir :
- Comment être le plus efficace en tant qu'architecte ?
- Comment mettre nos compétences professionnelles au service des sinistrés?
- Quel service pouvions nous rendre ?
- Comment organiser notre action ?
Quand nous avons constitué l'Association des architectes de l'urgence, nous n'avons pas procédé en préalable à une recherche théorique sur le rôle de l'architecte dans la société. Ce n'est qu'un an après les longues inondations de la Somme et de l'Oise que le thème de notre première assemblée générale s'est lentement imposé: une autre façon d'être architecte .
La question plus fondamentale que nous nous posions, sans en avoir pleinement conscience à l'époque, c'était de savoir si les architectes - et non plus l'Architecte - étaient capables de s'organiser dans le cadre exceptionnel d'une crise majeure, pour jouer leur rôle social et de solidarité en tant que professionnels, comme d'autres professionnels le font depuis longtemps (les professionnels de la santé, les pompiers et la sécurité civile, les journalistes...)
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Quelle était donc la question récurrente que se posaient les familles sinistrées et à laquelle nous seuls pouvions répondre avec pertinence ?
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Mon logement est-il encore habitable, ou bien est-il devenu dangereux ?
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Pourquoi étions nous les seuls à pouvoir répondre dans cette urgence là, à cette question ?
La question fondamentale de la sécurité est une question qui fait appel à un ensemble de connaissances générales à la fois techniques, sociales, financières, environnementales, psychologiques et politiques.
Tous les intervenants, spécialistes dans leur domaine, ingénieur en structure, ingénieur hydrologue, spécialiste du mouvement des plaques, géologue, spécialistes des excavations ou des avalanches, mais aussi expert des assurances, élu politique, ingénieur du bureau de contrôle, psychologue et bien entendu la famille sinistrée, détiennent une partie de la réponse.
Les architectes ont l'habitude de travailler avec tous ces intervenants, techniciens, ingénieurs, usagers, locataires ou propriétaires, maîtres d'oeuvre ou maîtres d'ouvrage, ingénieur indépendant ou ingénieur d'un bureau de contrôle, élus ou administratifs.
- Ils connaissent les modes de réflexion de chacun suivant leur rôle dans l'appareil administratif et politique.
- Ils connaissent les enjeux et les conséquences de leurs décisions.
- Ils ont l'expérience de ces pratiques.
- Ils ont l'habitude du dialogue avec les usagers.
- Ils ont un savoir social.
- Ils ont un savoir technique et en particulier ils savent ce qu'est un désordre, une crise, une fissure, si elle est " contractuelle ", grave, traversante, structurelle, si elle est "dans la tolérance" ou hors tolérance, si elle met en péril la stabilité de l'ouvrage ou seulement l'étanchéité de façade.
Les architectes ont l'habitude du désarroi et sont capables de comprendre, par leur expérience et leur pratique, la fissuration des comportements sociaux ou familiaux, comme les fissures techniques ou les fissures de l'appareil politique.
Le titre " être architecte autrement " n'est pas en réalité justifié; il s'agit d'être architecte comme tous les jours de notre pratique. C'est en particulier ce qui a séduit à la fois notre Ministère de la Culture et le Conseil National de l'Ordre des Architectes.
L'architecte n'est pas unique : il n'y a pas de définition univoque de l'Architecte; son statut, son rôle, ses fonctions, ses capacités d'intervention sont multiples, et il y a de multiples manières de pratiquer ce métier. Certes l'architecte conserve son rôle historique de "bâtisseur", mais depuis plus de vingt ans, son champ d'action s'est élargi à des interventions qu'on ignorait : géographie urbaine, développement durable, sociologie urbaine, psychologie sociale, urgence.
La reconnaissance du statut d'architecte dans la société sera essentiellement liée à cette multiplicité de compétences et de modes d'intervention. Les médecins du Monde et autres Reporters sans frontières ont largement contribué à l'image sociale de leur profession dans la conscience collective de notre société ».
Patrick Coulombel.
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